Le roseau (1/2)

(Avant d’embrayer sur le présent, voici ce que j’avais écrit et pas publié en décembre, histoire resituer les choses)
22 décembre 2014 / Quelque part dans un train.
J1 est revenu pour la 65ème fois.
Je commence à prendre conscience POUR DE VRAI que l’infertilité ne sera jamais un filtre à autres emmerdes. Et j’ai même l’impression que ce n’est pas la pire des malédictions qui aurait pu me tomber sur le coin de la figure. Je vais bien. Dans ma tête et dans mon corps, ça commence à aller mieux.
Il y a eu cette rencontre prometteuse avec une naturopathe. Le jour où je recevais les résultats de la biopsie (comme par hasaaard). Je les attendais depuis la veille à vrai dire. Je suis partie de chez moi à l’arrache pour mon rendez-vous avec elle. J’ai chopé l’enveloppe précieuse en passant en coup de vent aux boîtes aux lettres et je me suis retrouvée fort dépourvue quand la bise fut venue une fois mon séant posé dans le métro avec cette possible bombe entre les mains. Pas d’autre solution que de l’ouvrir là, comme ça, coincée entre une fenêtre dégueu et une nana sûrement en phase terminale de la grippe rapport aux éternuements.
Sur l’échelle des territoires hostiles, j’étais plutôt pas mal.
Mais j’ai arrêté de tergiverser et je l’ai ouverte pour tomber d’abord sur le compte des cellules NK, les fameuses, et j’ai pas été déçue : elles étaient trop hautes. J’ai senti instantanément tout mon intérieur (celui avec mes boyaux pas celui décoré avec raffinement) se resserrer. Woké. Notre problème c’était ça alors. Ces putes de cellules NK. Nonobstant le sperme capricieux. Mais en continuant ma lecture je suis tombée sur plein d’autres trucs qui étaient bien situés dans la norme et surtout le compte-rendu :
L’activation immunitaire de l’environnement endométrial en fenêtre d’implantation embryonnaire est Normale malgré un recrutement légèrement augmenté des cellules utérines NK matures sans hyper-activation en phase de réceptivité utérine. Cet environnement immunitaire apparaît donc adapté à la nidation et n’explique donc pas les échecs d’implantation.
Il est pas impossible que j’aie lâché une petite goutte de pipi tellement je me suis détendue d’un coup.
Je suis soulagée. Il y a quelques jours j’espérais qu’il y ait un « petit souci » facilement traitable et justifiant notre loose interstellaire (call me maso). Aujourd’hui, je suis très heureuse que mon corps fonctionne correctement. Je n’étais plus sûre de rien, j’avais laissé s’éloigner cette intuition que je sais faire des bébés. Mais ça c’était avant comme dirait l’autre. Il va falloir se lever tôt maintenant pour m’enlever de la tête que je peux le faire. Et que j’ai une veine de cocue (Chéri ! Faut qu’on parle !) : mon corps fonctionne et c’est le plus joli cadeau qu’il pouvait me faire, même si ça ne sert pas à grand chose aujourd’hui, un jour la magie opèrera, les planètes s’aligneront, nos karmas seront au top, ça marchera.
J’étais donc plutôt dans de bonnes dispositions pour aller à mon rendez-vous, voyez-vous. J’ai été accueillie par un petit bout de femme souriante dans un lieu qui ne pouvait être autre chose que le cabinet d’un naturo, avec jonc de mer au sol, tapis Afghans aux murs, paravents en bambous, étagères en pin, et plein de bouquins sortis du rayon « diététique et ésotérisme ». Et aussi ce que j’ai pris pour une écharpe genre altermondialiste tombée par terre, avant qu’elle ne me raccompagne à la porte à la fin de la séance en remuant la queue. Pas de papouilles pour cette fois mais un planté de bâton de décor dans les grandes lignes. C’est ça qui est bien avec les naturos, tu crois que tu viens te faire masser et recevoir des conseils de bon sens sur ton alimentation et bim tu te retrouves en larmes à raconter ta famille bancale. Je m’attendais pas vraiment à ça (et sûrement qu’elle non plus !). Bref il n’a rapidement plus été question de sperme et d’endomètre, ni de cette infertilité qui flirtait pas mal avec l’inexpliquée ces derniers temps.
Pas que je sois réfractaire à aller fouiller là où ça fait mal mais je suis plus qu’excédée par toutes ces connasses (et connards, parité oblige) qui s’improvisent psys pour te dire que c’est dans la tête, comme si tu étais tordue, que tu faisais tout de travers et que ce bébé c’est pas plus mal s’il ne vient pas.
Alors qu’avec elle, j’ai eu la sensation de faire les choses dans le bon sens enfin. Elle m’a dit une très jolie phrase qui ne sonnait pas du tout comme un reproche :
« On fait un bébé dans la joie, on ne fait pas un bébé dans la douleur. »
Ça me parle beaucoup. J’ai effectivement l’impression de faire ce bébé dans la douleur et l’épuisement. Bien sûr il y a des tonnes de couples qui deviennent parents certes dans la douleur et finalement je ne les envie pas.
Cette séance a été salutaire, c’était il y a une semaine et j’ai hâte d’y retourner pour me faire « manipuler ».
On ne fera donc pas ce dernier transfert de fiv3 dans 3 semaines, un mois. On ira au rendez-vous pma comme prévu mi-janvier mais seulement pour s’extasier sur les perfs de mon endomètre et se dire au revoir pour un petit moment.
Tu la sens arriver la chute où tous mes nouveaux beaux principes volent en éclats ?…

 

La biopsie MatriceLab

(cette mise en page est atroce, je vous conseille de lire dans le lecteur WordPress pour ne pas perdre un dixième à chaque oeil, et j’essaie de réparer la chose)
J’aurais pu faire plus fleuri et poétique comme titre mais il faut savoir rester sérieuse parfois, je pense également aux flippées dans mon genre qui taperont un jour ces mots dans Google, tomberont peut-être sur ce témoignage et iront se faire aspirer un petit bout de malabar (copyright BonjourPauline) endométrial un peu plus sereinement.
La biopsie de l’endomètre, ou bilan immunologique de réceptivité utérine c’est cet examen plutôt nouveau puisqu’à l’état d’étude, mis au point par le Dr Lédée, qui aide à définir un profil d’utérus en période d’implantation, c’est pourquoi il est pratiqué aux alentours de J22.
C’est pour qui ?
Les grandes gagnantes en série. Les échecs d’implantation à répétition (coucou c’est moi), les fausses-couches à répétition, les infertilités inexpliquées.
Mais ça consiste en quoi ? 
Ça consiste en un prélèvement d’un bout d’endomètre.
Et ça fait mal ?
Suspens !
Ça coûte combien en paires de Jimmy Choo ?
Presque 1, à savoir 392€. Tout-pour-ta-pomme, cherche pas, ni la sécu ni ta mutuelle ne te la rembourseront. Voilà, comme les Jimmy Choo.
Et t’as les résultats en combien de temps ? 
En 5 semaines. (ce qui, tu vas le voir ci-après est un peu ballot surtout s’il s’avère que ton utérus est du genre mou du genou)
Et ça sert à trouver quoi ? 
Grosso modo, il y aurait 3 sortes d’utérus : ceux qui ne réagissent pas assez quand se pointe un embryon obtenu à la sueur de notre front et qui ne l’aident pas vraiment à s’accrocher, ceux qui réagissent trop avec une réaction inflammatoire trop forte qui empêche l’embryon de s’accrocher, et puis les premiers de la classe qui font tout bien comme de bons fayots.
Et comment tu soignes ça ? 
Si j’ai bien tout compris, en cas d’utérus pas assez réactif l’idée c’est de refaire une biopsie sur le cycle précédent une tentative mais juste le geste cette fois, on jette le prélèvement à moins que tu ne tiennes à repartir avec, l’important c’est « d’emmerder » ton utérus qui va ainsi se réveiller et être prêt, le cycle suivant, à accueillir un embryon (ou deux)(ou dix-huit). Ensuite, pendant la stim (si tu commence une fiv de zéro), il vaut mieux que les doses soient douces pour éviter à tout prix l’hyperstim, on conseille les doubles-transferts (un à J2-3 puis un à J5-6) ou les transferts de blastos, puis des injections d’HCG (Ovitrelle ? ) et des rapports sexuels (!!!)(oui apparemment le liquide séminal -comme c’est mignonnement dit- aurait des vertus sur les embryons en place) après le transfert.
Si à l’inverse l’utérus est hyper inflammatoire on va le calmer un bon coup avec des anti-inflammatoire ou anti-coagulant sur le cycle de la tentative (fiv avec transfert ou tec) et on fera exactement l’inverse que décrit précédemment (oui ça veut aussi dire ceinture ou du moins rapports sexuels avec préservatif mais pas sûr qu’on se souvienne de comment ça marche depuis le temps) avec des doses de cheval de progestérone.
Donc des tous les cas, pas de traitement au long cours, c’est plutôt une bonne nouvelle.
Ça, c’est ce que je savais avant d’y aller.
Revenons à nos moutons. Ce matin j’avais biopsie donc, j’aurais préféré avoir poney mais c’était prévu de longue date alors j’y suis allée.
La biopsie c’est tout un poème.
C’est le biologiste qui m’en a parlé le premier en nous en faisant une pub dithyrambique (fais un effort, je serai pas toujours là pour toi), à tel point que je pensais qu’il avait un intéressement dans le protocole. Appelez-moi parano.
Puis mon gynéco pma, Magic L, qui avait un peu le cul entre deux chaises, pas très convaincu et encore moins convaincant du bénéfice de la biopsie mais qui me l’a quand même proposée. À ce moment-là, on en était déjà à 6 embryons transférés dont 4 blastos sans succès. Mais comme il nous restait 2 embryons au congèle de fiv3, que je suis un peu têtue et que j’avais moyennement envie de sortir 400€ pour me faire aspirer la muqueuse, j’ai dit merci mais non merci on va faire un tec et seulement après celui-là on fera la biopsie si ça marche pas.
Mais moi je SAVAIS que ça allait marcher…tu comprends pourquoi je ne me fie plus à mon intention ? Parce qu’évidemment ce tec a foiré. Et là tout le monde était d’accord, Magic L compris, qu’il fallait la faire. Alors tel le condamné qui avance vers l’échafaud, j’ai accepté.
Heureusement ça a pas été compliqué. On s’est vus à J5, j’ai eu une ordonnance pour faire écho/pds à J19 et le jour-même de ce contrôle on m’a appelée pour me donner rdv aujourd’hui, à J23. Seule précaution : prendre 1000mg de paracétamol et 2 Spasfon au petit déj avant la biopsie. Sinon zéro médication (je m’estime heureuse, apparemment c’est pas toujours le cas).
Je suis arrivée pile à l’heure non sans avoir cherché jusqu’au dernier moment une remplaçante, j’ai été prise presque tout de suite, je suis tombée sur une nouvelle (si toi aussi tu as l’impression que les nouvelles c’est toujours pour toi, tape dans tes mains ! ) qui s’est révélée vraiment cool, on a discuté paperasse une minute, elle assise moi debout et cul nu, puis je suis allée m’allonger.
Elle a commencé par une écho pour mesurer l’endomètre, 10mm, parfait, on va faire un doppler, ah mince je connais pas bien ces appareils, j’arrive pas à faire le doppler, je vais chercher quelqu’un (et voilà, une stagiaire, fallait que ça me tombe dessus aujourd’hui ! ), le quelqu’un arrive, lui dit que c’est pas la peine de faire un doppler pour une biopsie (merci c’est parfait, j’étais pas assez stressée), on trouve pas le matos, ni la stagiaire ni le quelqu’un, ils se mettent d’accord que bof si y’a pas du « 6 et demi » on va faire avec du « 7 et demi » (mamaaaaan). Tout semble ok, on se retrouve en tête-à-tête avec ma gentille stagiaire, j’ai juste les genoux qui ont une vie indépendante.
Et là elle fait un truc qui m’était plus arrivé depuis 83, elle M’EXPLIQUE en détails ce qui va se passer : donc on pose une petite pince sur le col de l’utérus (pour le maintenir ouvert j’imagine), on fait passer un cathéter qui ira jusque dans l’utérus par lequel on glissera les deux tubes, l’un dans l’autre, qui serviront à aspirer la précieuse muqueuse.
Elle a pas menti, c’est exactement ce qui s’est passé, elle s’est excusée d’avance à chaque étape, la pose de la pince était censée être désagréable, je l’ai à peine sentie, puis l’introduction du cathé, pareil, l’étape la moins amusante étant la biopsie-même mais pour être honnête, j’ai juste senti une sorte de pesanteur pas agréable loin dans mon ventre là où d’habitude j’ai pas de sensations. Pendant trois secondes.
Elle a ressorti de là une espèce de mééééga carotte toute rose dont elle avait l’air très fière (« ah bah cette fois elle pourra pas me dire qu’y en a pas assez ! »)(Je suis ravie de savoir qu’avant moi tu as eu des ratés ! ). J’ai senti qu’il y avait moyen de faire ma curieuse alors je lui ai demandé si je pouvais voir. J’ai lu que c’était Noël dans ses yeux, elle était ravie. Elle m’a donc présenté ces petits bouts de moi.
Pour vous donner une idée, il faut imaginer quand on sépare le blanc d’un jaune d’oeuf. Il y a cette sorte de petite queue gélatineuse accrochée au jaune (que j’enlève toujours parce qu’elle me dégoûte un peu), hé ben voilà ça ressemble à 5 ou 6 petites queues de jaune d’oeuf, mais bien rose voire rose foncé, une si jolie couleur que tu piges tout de suite la notion de beauté intérieure et tout ça avec un peu de liquide de la même couleur (oui comme du sang de bisounours).
Mission accomplie. On avait le matos et sans que je me torde de douleur.
Je m’étais encore fait une montagne d’une taupinière (oui j’ai 102 ans).
(Ce qui aurait tendance à apporter de l’eau au moulin de ma théorie sur l’appréhension de la douleur. Attention théorie valable pour MOI. En fait, je crois que j’ai davantage peur de ce qui est intrusif que de la douleur elle-même. Comme pour les prises de sang ou, pire !, les perfusions. En fait, je me suis rendu compte que pincer fort la peau du poignet revenait au même.)
Voilà vous avez compris le principe, tout est bien qui finit bien (forcément, on a pas encore payé ! ).

Comme j’étais en confiance, j’ai quand même posé ma question de malade mentale :

« Oui alors j’ai une question qui peut paraître conne folle flippante naïve bête…mais…voilà, imaginons qu’un embryon ait décidé de s’installer dans mon utérus précisément MAINTENANT pour diverses raisons (parce qu’il est méga relou par exemple, ou qu’il n’a aucun sens du timing, comme l’un de ses parents)(suivez mon regard), est-ce que la biopsie pourrait le déranger ? (Oui j’ai osé)
-Ça lui ferait pas du bien, c’est sûr.
-Ah. »

Du coup, pas de suspens dans une semaine, pas de matage intensif de culotte dans l’attente fébrile de J1, J1 il y aura bien. Ça faisait quelques jours que c’était la guerre entre l’hémisphère droit et l’hémisphère gauche qui chacun soutenait sa thèse, « C’est mort, j’te dis, ils vont passer un râteau géant là-dedans, ça va tout arracher sur son passage ! », « Mais non, c’est minuscule ! Y’a quand même plus de chances pour qu’un embryon décide de faire son trou ailleurs que pile à l’endroit du prélèvement ! Et puis si ça fait des contractions, ça le secouera un peu, il sera ravi. »
Pessimisme 1 / Optimisme 0.
En parlant de sang, pense à coller un truc au fond de ta culotte après parce que ça peut saigner un peu, c’est pas l’infirmière qui me l’a dit au téléphone et c’est bien dommage, c’est BonjourPauline (que serais-je sans toi ? ), d’ailleurs ma gentille praticienne a confirmé.
Je me suis rhabillée, on a fait de la paperasse, j’ai sorti mon chéquier (celui de l’homme)(il avait qu’à être là), elle m’a dit qu’on ne paierait pas tout de suite mais que la facture me serait envoyée dans quelques semaines (flûte, j’ai donné mon adresse mail) et que le résultat sera envoyé dans les 5 prochaines semaines à condition qu’ils aient le paiement (pas fous hé). Elle a rempli deux enveloppes avec la paperasse et les tubes remplis de malabar (copyright..oui c’est bon) et je suis repartie avec, parce que c’est toi qui te charges de l’envoi (en lettre prioritaire de préférence).
Je dois reconnaître que maintenant j’ai le ventre gonflé et que j’irai pas courir le marathon, mais rien de comparable à une ponction.
 
Résultats autour du 22 décembre. Et joyeux Noël !

Les pierres, le biologiste, le gynéco et le capricorne

Vous pouvez ranger les pierres.

J1 a débarqué.
Pas comme d’hab à l’heure, pas comme ça arrive parfois à la bourre, non, cette fois il est arrivé avec 4 jours d’avance et au terme d’une semaine de spotting particulièrement exaspérant. On peut appeler ça un cycle foireux.
Ceci arrivant juste après le rendez-vous traumatisant avec la biologiste (voire post précédent).
Si j’avais décidé d’écrire il y a 3 jours, j’aurais pu faire pleurer dans les chaumières (ne me sous-estimez pas), j’étais au 36ème dessous, toute persuadée que j’avais été d’être ENCORE enceinte (mal incurable et récidivant à peu près tous les mois).
Heureusement j’affiche un J4 apaisé aujourd’hui. Mais c’est un peu tard. Mais c’est bien quand même, on va pas passer son temps à se flageller non plus.
Sauf que dans ce laps de temps une amie chère, galérienne de son état, a fait un BHCG positif, puis un second mais que moi j’étais trop anesthésiée par cette chute brutale d’hormones, j’arrivais à voir seulement le misérable de mon existence et pas assez la magie de celle qui était en train de se développer. Maintenant ça va mieux, je peux enfin sauter au plafond de joie mais je me dis que c’est con de pas avoir été présente pendant ces 3 jours-là, les premiers, ceux dont tu te rappelles toute ta vie parce qu’ils vont la faire basculer à tout jamais (Amen).
Il faut dire que pour me sortir de ma torpeur, j’ai eu la chance de recevoir une bonne surprise. De la vie ? Non, mieux ! De la pma ! Oh mon Dieu il va tomber de la merde neiger ! Après ma lettre au biologiste, je ne m’attendais à rien, je l’avais fait, je me persuadais qu’il l’avait lu et basta, ça me suffisait. Sauf qu’hier face à mon écran et dos à mon homme, je lâchai soudain un gros mot. Le biologiste m’avait répondu. J’eus soudain peur que ce soit une lettre m’annonçant qu’il avait porté plainte pour harcèlement moral ou diffamation (non mais ça va sinon je suis plutôt zen comme nana). J’avais besoin d’aide. « Mon amour, euh, faut que je te dise…j’ai envoyé un mail au biologiste… » (oui parce que tu comprends je lui avais pas dit pour mon mail, rapport que c’est tellement plus logique de venir m’étaler ici face à vous, acquises à la cause bien qu’inconnues, plutôt qu’auprès du futur père de mes enfants qui est quand même un peu concerné)(mais tellement à côté de la plaque parfois que ç’en est affligeant) « …pour lui parler de la dernière consultation… ». La tête de l’homme, dépitée : « Oh non….. Il va encore falloir changer de centre ?  » (Il me connait bien le bougre.) « Mais non rrrhooo tout de suite… Par contre, va falloir chercher un avocat.« 
Je lui ai donc lu mon mail puis j’ai ouvert celui du plaignant biologiste. J’en suis restée coite. Il me disait à quel point ma lettre l’avait touché, sa déception que nous ne nous soyons compris, il y avait des mots comme poids, épaules, insupportable, soulager, fardeau, accompagnement, droit, parole, nécessaire et waw j’en suis restée scotchée à mon tabouret.
La porte ne s’ouvre pas forcément du côté où on s’y attend.
Le détail qui tue c’est ce discret « Copie à Magic L » en pied de lettre qui va sacrément me faciliter la tâche quand nous nous verrons tout à l’heure. La dernière fois que nous nous sommes vus, il n’était plus si magic et j’en étais venue à me demander si ce n’était pas moi qui générais cette hostilité (hellooo paranooo). Quelque chose me dit qu’on va repartir sur des bases saines, j’y crois, je veux y croire parce que je ne veux plus changer de centre et que je veux continuer de pouvoir croire en mon intuition (tu sais celle qui me fait croire que je suis en cloque tous les quatre matins) celle qui m’a fait me dire en rencontrant Magic L « C’est ici et avec lui qu’on va y arriver ».
Comme pour me prouver que le vent était bien en train de tourner, je suis allée me chercher un truc à gratter :
astro
(Oui je suis capricorne et humble, j’ai conscience que je prends le risque d’être démasquée)
Non tu ne rêves pas, je n’ai pas gagné un, ni deux, ni même trois mais bien QUATRE euros. La BARAKA je te dis.

Le Liebster Award (gné ? )

liebster-award

Salut les amis ! (C’est marrant cette manie d’écrire au masculin en pensant au féminin hein)

BonjourPauline m’a tagguée pour faire le dernier truc qui tourne sur les blogs, le Liebster Award, je ne saurais même pas traduire la chose mais bon le principe c’est d’écrire 11 anecdotes sur soi puis répondre aux 11 questions de la dame, toi je sais pas mais la dame je la connais un peu et quand elle te demande de faire quelque chose tu le fais et c’est tout. Alors donc sans transition :

1. Quand j’étais petite, j’avais bien compris qu’il fallait faire l’amour pour avoir un enfant mais je pensais qu’il suffisait de le faire une fois et que les spermatozoïdes (ayant donc une espérance de vie de bâtard) déposés lors de ce rapport unique décidaient de façon aléatoire à partir de ce moment et jusqu’à la ménopause d’aller féconder ou pas l’ovule du cycle du moment (j’avais bien pigé le truc des cycles tu noteras). Avec le recul, je me dis que c’est pas très étonnant que j’aie des problèmes pour avoir des enfants vu le niveau duquel on part.

2. Je suis très tolérante. Sauf envers ceux qui écorchent la langue française. Si tu écris « comme même » ou « sa va? » sache que je te méprise.

3. J’ai une pathologie sociale. J’adore rencontrer et être avec des gens et pourtant je n’arrive pas à être à l’aise avant… des mois ? des années ? Je sais donner le change en général mais intérieurement je sue à grosses gouttes.

4. J’ai une soeur jumelle. Et là je sais la question que tu te poses : vous êtes vraies jumelles ? Hééé non. (Tu essaies de le cacher mais je sais que tu es un peu déçu)

5. J’aime les poils. Torses glabres, vous pouvez passer votre chemin.

6. Je me suis pacsée dans une mairie parisienne (si si c’est possible renseigne-toi) dans une robe à motifs super-héros.

7. Pinterest a été inventé pour moi.

8. J’ai fini au commissariat en plein pendant les épreuves du bac pour une sombre histoire de sous-vêtements volés alors que j’allais m’acheter un tube de colle. Je me souviens plus à quel moment la situation a dérapé. (Mais j’ai quand même fini major de promo par je ne sais quel miracle)

9. Je fais de la plongée et ça a changé ma vie. C’est l’homme qui m’a initié, au début j’y allais en trainant les pieds (« Pfff quel relou, incapable de passer une journée de vacances à lézarder, j’ai juste envie de rien faire moi… ») et j’ai découvert un monde et des sensations fantastiques. Ça éveille aussi forcément la conscience aux problèmes écologiques. On choisit nos vacances en fonction des spots de plongée depuis lors. Sauf que c’est compliqué parce que la plongée est absolument interdite pendant la grossesse et quand t’as l’impression que t’es enceinte tous les mois bah forcément… (De toutes façons je suis ruinée maintenant alors la question se pose moins)

10. Je suis passée à la télé trois fois : la première parce que je sortais du spectacle de Louboutin au Crazy Horse, j’étais un peu alcoolisée et on m’a demandé de donner mon avis sur le show, la deuxième fois parce que je servais Kim Kardashian qui venait déjeuner avec sa mère et les caméras qui la suivent dans le resto à people où je bossais à l’époque, et la troisième fois pour parler de pma.

11. Je fais systématiquement pipi sous la douche. Si on prend une douche ensemble et que je te dis le contraire c’est que je mens.


Tu es ravi de savoir tout ça ? Attends parce que ça continue. Voici ces 11 questions :

1. Quel métier voulais-tu faire petite ?

Sage-femme. J’ai répondu ça en boucle pendant près de 14 ans pour le plus grand bonheur de ma mère qui me voyait dans le médical. Aujourd’hui encore ce métier me fascine parce que l’accouchement me fascine. Mais à 15 ans j’ai décidé de prendre toute ma famille à rebrousse-poils en bifurquant dans des études artistiques. Bien m’en a pris, mon ouverture d’esprit je la dois à ces années en Arts Appliqués.

2. Quel pouvoir magique aimerais-tu avoir ?

C’est affligeant, le seul truc qui me vient c’est : rendre tout le monde heureux moi la première moi compris (je vais aller prendre ma température je crois). C’est assez nul je le reconnais. En même temps si on préférait le bonheur plutôt que s’agresser ou s’envoyer des bombes dessus, moi j’aurais moins les larmes aux yeux en écoutant les infos. (pauvre petite chose va)

3. Quel est ton meilleur souvenir en PMA ?

Le tout premier transfert d’embryon. Je ne m’attendais pas à cette énorme vague d’émotion. Et les positifs de mes copines galériennes parce que pareil.

4. Quel est ton pire souvenir en PMA ?

Je ne sais pas si c’est le pire mais c’est le premier. Le jour où j’ai mis la main sur le spermo de l’homme, fait en vue d’une opération pour un kyste au testicule, avant la pma donc, avant même la décision de faire un enfant, il y a plus de 5 ans. Je savais que le résultat n’était pas brillant mais on ne pouvait pas en parler franchement. Je l’ai trouvé, j’ai googlisé et j’ai beaucoup pleuré. Depuis j’en ai une ribambelle d’autres…

5. Il y a du bon en toute chose. Que retiens-tu de positif de tes années de PMA ?

Après avoir sacrément fragilisé mon couple, une sorte de cap a été franchi et maintenant je dirais qu’on se connait mieux, nos failles comme nos forces, et on sait mieux se faire du bien et s’aimer. C’est pas encore la panacée puisque je suis dotée d’un modèle particulièrement peu loquace quand ça ne va pas mais on avance. Je suis très amoureuse de lui, c’est une chance. J’ai l’impression d’être plus à l’écoute aussi, et de dire moins de conneries quand quelqu’un me confie un chagrin.

6. Plutôt Spritz ou Mojito ?

Avec toi les deux sont un pur bonheur. (coeur vert)

7. Quel est ton animal préféré ?

Tsss… Tu SAIS très bien ce que je vais répondre. MON CHAT. Qui n’est pas mon chat mais celui de l’homme à la base et les deux se vouant un culte mutuel, il a fallu faire sa place, c’était pas gagné et moi les chats j’en avais rien à secouer, c’était un truc de vieille fille ou d’enfant. Et puis petit à petit..sa maladresse…l’énergie qu’elle (ouais c’est une fille) met à nous faire croire qu’elle est une princesse et qu’elle nous tolère chez elle…sa podecollitude…j’y peux rien elle m’émeut, je l’aime. (l’ado en moi est dégoutée de ce que je viens d’écrire)

8. Quel est ton film préféré ?

Eternal sunshine of the spotless mind, je ne me lasserai jamais de le regarder je crois, j’adore Gondry (à part L’écume des jours). Le voyage de Chihiro et tout ce qui est sorti du studio Ghibli. Pas loin derrière il y a Alabama Monroe, Fight Club, Mary et Max, Laurence Anyways, Une séparation, Qui veut la peau de Roger Rabbit ? , La vie est belle, tout Wes Anderson et histoire d’ajouter un peu de testostérone à cette liste clairement féminine je dirais La petite sirène, dont je connais toutes les répliques.

9. Quel est ton livre préféré ?

Le parfum, de Patrick Suskind. Et aussi Les lionnes d’Angleterre, La peste, La perle, La part de l’autre, Un miracle en équilibre, Le vieil homme et la mer, Et je me suis mise à table… Mais je suis surtout une amatrice de BD.

10. Quelle serait ta pire vengeance, envers qui, et pourquoi ?

J’ai des choses à régler avec les médecins en pma mes parents, pas hyper original hein, mais je suis pas une fille à vengeance je crois. Quand je réveille le chat violemment (pour me venger de la nuit de merde qu’il m’a fait passer en miaulant à la mort/courant partout/me marchant sur la gueule/faisant tomber toutes sortes d’objets plus ou moins fragiles) et que je vois sa petite tête mi-endormie mi-terrifiée, ça me tord le bide et je culpabilise à mort. Non décidément la vengeance les Corleone sont doués pour ça, pas moi.

11. Pour ou contre les tests pipi avant la date fatidique ?

AHAHAHAHAH… LA question. J’ai développé une phobie des tests pipi avant-pendant-après la date fatidique. Car jamais aucun d’eux n’a viré positif (du moins depuis que j’essaie de faire un enfant)(la vie n’est-elle pas bien faite hein ? ). Tu me diras les prises de sang pour tester le BHCG non plus mais je n’en ai faites « que » 8 alors que les tests j’en ai fait un paquet. Et puis le test pipi c’est vraiment le symbole du début de grossesse chez tout le monde, pas seulement les galériennes. Ça me donne vraiment l’impression d’être une grosse ratée. Je pense que le prochain test urinaire que je ferai ce sera APRÈS un BHCG positif, pour me prouver que je peux faire apparaitre cette foutue deuxième barre grâce au pouvoir de mon urine.

Voilà.

Bon par contre je ne vais tagguer personne rapport au fait que je suis la petite dernière débarquée et que tout le monde a déjà été nominé mais merci Winston ! ;)

Coup de pied dans la fourmilière

C’est marrant cette manie de prévoir d’écrire sur des thèmes et d’en trouver toujours un nouveau vachement plus urgent. C’est comme ça que j’ai commencé à rédiger la critique (pas sympa, parce que j’étais énervée) du bouquin d’Olivennes Faire un enfant au XXIème siècle puis celle (pas sympa non plus parce que j’étais toujours énervée) de l’émission des Maternelles sur l’infertilité inexpliquée qui, je te le donne en mille, est grosso modo d’ordre psychologique, à base de verrous et de clés. Pour l’émission des Maternelles c’est mort, rapport au fait que le replay n’est plus dispo mais je reviendrai bientôt causer du bouquin. En attendant, j’ai eu une nouvelle occasion de m’énerver (Ah ! Ça faisait longtemps !) pas plus tard qu’aujourd’hui en passant à la moulinette de ma biologiste.

Il faut juste que je recontextualise.
J’avais réussi à oublier la pma quelques jours, à la faveur d’autres projets qui prenaient enfin corps, et avec aucune envie d’y replonger.
J’ai de plus en plus cette sensation de bien-être lorsqu’on se tient à bonne distance du corps médical, alors qu’au début de notre parcours je ne ressentais pas ce besoin de faire des pauses, j’étais une sprinteuse, fallait envoyer, on se reposerait quand on serait vieux et que nos enfants seraient là pour changer nos couches.
Mais ça c’était avant. Quand j’en avais pas encore pris assez plein la gueule. Tu la connais cette impression d’être le punching-ball de ton médecin ? C’est désagréable hein. Quoique tu dises, tu es cette petite fille un peu débile qui fait perdre son temps au monsieur / à la dame très important(e) en face de toi.
Avant j’étais un peu susceptible alors c’était simple quand on me chiait dans les bottes je changeais de crèmerie, je perdais six mois à refaire les examens déjà faits mille fois, je n’avais pas de meilleurs résultats et surtout je n’étais pas mieux traitée alors l’expérience aidant je me suis mise à ronger mon frein, me dire que l’herbe était sûrement aussi pourrie dans le pré du voisin et espérer très fort ne plus avoir à fréquenter longtemps ces personnes toxiques.
Du coup pour ne pas finir à Ste Anne (spéciale dédicace) tu te mets à faire des pauses parce que tu en arrives à te détester de t’infliger ça, et puis bon on finit par te reprocher ces pauses et à les analyser comme un « désir ambivalent d’enfant ». Enfin moi on ne me l’a pas encore reproché mais il semblerait qu’Olivennes ça l’agace un peu (je fais du teasing pour le prochain article t’as vu)(je suis dans la pub, ça se voit ?)(non je rigole) Bref.
J’étais en pause et ravie de l’être mais un rendez-vous lointain pris avec la biologiste tombait dans cette période plutôt faste. Cela ne nous engageait en rien, me dis-je, ce sera un tout petit rendez-vous comme ça par dessus la jambe qui nous donnera juste l’occasion de comprendre certaines choses. Comme quoi l’expérience est soluble dans l’eau de pluie parisienne.
Nos questionnements tournaient surtout autour des deux dernières fiv :
-La fragmentation, on peut en parler ?
-Pourquoi avoir pris la décision sans nous consulter de pratiquer du hatching sur 2 embryons le jour du transfert frais de cette fiv, nous obligeant à transférer ces 2 embryons au lieu d’un (un embryon « hatché » ne se congèle pas, il est transféré ou perdu) ?
-Pourquoi avoir changé de tactique pour cette même fiv (n°3) (on nous conseillait un double transfert, c’est-à-dire un premier transfert d’embryon J2ou3 -pour « réveiller l’endomètre » et l’encourager à produire des hormones- puis un second avec un embryon J5ou6, qui aurait donc toutes les chances de s’implanter dans un milieu baigné des bonnes hormones) ?
-Avoir le détail de la préparation du sperme lors des deux dernières fiv, puisque sur le compte-rendu ce champ est vide à chaque fois (à cause du logiciel avec lequel les comptes-rendus sont rédigés)(oui on nage en plein WTF moyenâgeux).
-A quoi correspondent les notations des embryons sur ce même compte-rendu de tentative ?
Or donc il s’avéra que ce rendez-vous fut un fiasco sur toute la ligne. Car assurément ces questions sont très très méchantes. Et nous avons eu tout loisir de voir la gamme complète d’expressions faciales de ce cher biologiste, du plus cordial et blagueur au plus fermé-vous-me-foutez-le-camp-maintenant.
-La fragmentation ? Quoi ? Je l’emmerdais encore avec cette question ? La fragmentation c’est une cause de fausse-couche, point barre. Ça fait partir en vrille l’embryon SEULEMENT APRÈS la nidation. Avant, non, c’est pas ça c’est autre chose. Comme par exemple la qualité ovocytaire (regard qui lance des éclairs dans ma direction) qui y est pour 80% dans le succès ou l’échec d’une implantation. (80% ???! WAW ! Jamais entendu des chiffres aussi hauts..)
-Le hatching de 2 blastos ? Mais c’est pour augmenter vos chances de grossesse. Et les ? Que, quoi ? Les jumeaux ? Vous êtes pas chauds ? Ha oui mais bon fallait nous le dire que vous en vouliez qu’un aussi ! (là mon coeur a loupé un battement)
-Pourquoi on a pas fait de double transfert J2/3 et J5/6 comme prévu ? Bah parce qu’il y avait assez d’embryons pour les pousser en culture prolongée. (Ah. Oui. Mais je vois toujours pas le rapport avec le réveil de l’endomètre tout ça tout ça.)
-Le détail du sperme ? Je me suis fait engueuler parce que je n’ai pas compris du premier coup ce qu’était le score HVB.
-La notation des embryons ? C’était au-dessus de mes forces de poser la question vu la déferlante que j’étais en train de me prendre.
J’ai également fait l’erreur (?) de lui montrer les résultats -parfaits- d’un bilan sanguin prescrit par un ami médecin (et accessoirement patient pma) qui trouvait qu’il manquait un bilan thyroïdien et de coagulation dans notre dossier, pour que l’on puisse en tenir compte dans la suite des examens (il veut absolument me faire faire la biopsie de l’endomètre MatriceLabs)(oui celle à 400€-tout-pour-ta-pomme). Il y a jeté un oeil méprisant en me disant que c’était un bilan de fausse-couche ça (et ses yeux ont rajouté « toi qui n’es jamais tombée enceinte »)(« sombre conne »).
J’ai fini comme trop souvent en larmes devant la porte du cabinet.
À me demander pourquoi j’attirais ce genre de comportements : y a-t-il écrit « maltraitez-moi j’aime ça » sur mon front ? Est-ce qu’on en bave pas assez sans que nos médecins, ceux qui sont censés être de notre côté, ne rajoutent leur couche ? Et puis je suis partie de mon côté, la moutarde m’est montée au nez, j’ai donné un grand coup de pied dans une installation de chantier en tôle (ça a défait mon lacet et j’ai dû m’arrêter pour le refaire ce qui a enlevé toute la charge dramatique de la scène) et j’ai fait demi-tour pour lui casser la gueule décidé que cette fois je ne garderais pas ça pour moi, l’ulcère on allait le partager. Alors j’ai pris ma plus belle plume et j’ai envoyé ça à sa secrétaire (par ailleurs adorable) après lui avoir fait part de mon intention :
(Merci d’avance X. de transmettre ce mail au Dr XXX)
M…,

Il n’est pas normal de sortir d’un rendez-vous avec le biologiste en pleurant. Surtout s’il n’y a pas d’annonce catastrophique à la clé.

 
Je ne suis certes pas médecin mais je cherche à comprendre ce qui nous arrive. Alors oui je pose des questions. Certaines vous dérangent, vous agacent ou vous déconcertent. Mais les couples qui ne se posent pas de questions et pour qui cela fonctionne rapidement ne viennent pas vous voir plus d’une fois, pourtant ce sont sûrement les plus agréables à recevoir. 
 
Je comprends que vous puissiez ressentir de la frustration face à notre cas, en tant que scientifique, parce que les moyens mis en oeuvre ne vous donnent pas satisfaction là où ils devraient. Mais je ne pense pas que la bonne attitude consiste à laisser rejaillir cette contrariété sur les patients, ils ont déjà leur lot. Nous avons déjà notre lot.
 
Vous voyez des dizaines de couples chaque semaine, certains ne font que passer, d’autres comme nous vous donnent un peu plus de fil à retordre (et nous en sommes vraiment désolés) mais une chose est sûre c’est qu’une fois votre porte refermée vous passez au cas suivant et avez une nouvelle occasion de satisfaire un désir d’enfant en même temps que de vous prouver votre efficacité. De l’autre côté de la porte, il est bien souvent question de souffrance pour nous car il n’y a qu’un seul cas dont nous nous occupons depuis bientôt cinq ans, c’est le nôtre et il n’est qu’une suite d’échecs.
Il faut comprendre que notre parcours ressemble à un château de cartes qui passe son temps à se casser la figure, lors des négatifs, lors de rendez-vous comme celui d’aujourd’hui. Il faut tout ramasser et recommencer, jusqu’à la prochaine fois. Mettez-vous à notre place : on a échoué avec la nature, on continue d’échouer bien qu’aidés par la médecine et en plus on a l’impression d’être « punis » pour ces échecs lorsque nous sommes face à un médecin que nous mettons également en échec malgré nous. 
Je me passerais bien de savoir ce que sont un score HVB, une biopsie d’endomètre ou la fragmentation de l’ADN spermatique : il est juste question de ne pas réussir à faire un enfant. Je vous prie de croire que l’enjeu n’est pas anecdotique. Notre peine, notre angoisse, nos attentes se situent là. 
Il n’est pas normal de finir un entretien en mettant les patients dehors comme vous l’avez fait aujourd’hui. Il m’a semblé que le bilan sanguin demandé à un médecin de notre entourage (qui équivaut selon vous à un bilan fausses-couches) vous a agacé, ainsi que mes questions sur la fragmentation. Mais peut-on me le reprocher ?
Je voudrais éclaircir un dernier point, concernant le « couac » du hatching des deux embryons le 1er juillet dernier : oui je pense que c’est une erreur de votre part de ne pas nous avoir prévenus que vous aviez l’intention de transférer deux embryons « hatchés », et non la nôtre. Ce n’était pas à nous de vous préciser que nous n’en voulions qu’un car cela va de soi sauf indication contraire. Pour preuves, lors de la fiv précédente c’est moi, le jour du transfert (08/03), qui ai demandé à ce que soient transférés les deux seuls blastocystes obtenus, et pour le TEC qui a suivi cette tentative-ci (20/09) j’ai pris la peine de prévenir bien à l’avance les infirmières et le labo XXX que nous ne voulions transférer qu’un seul embryon et on m’a répondu à chaque fois de façon un peu exaspérée que c’était la procédure habituelle et qu’il n’était pas nécessaire d’appeler pour ça. 
J’ai néanmoins passé tout le temps de notre rendez-vous, et j’espère que vous l’aurez noté car j’ai insisté là-dessus, à préciser que je ne faisais que « poser des questions » et qu’il n’y avait dans ces questions « aucune critique » : peine perdue. Nous continuons de prendre avec des pincettes les médecins que nous voyons et qui ne nous le rendent pas forcément bien. Il faudra m’expliquer ce que j’ai fait de mal.
 
Nous voyons le docteur XXX d’ici peu et croyez bien que nous évoquerons la biopsie d’endomètre.
 
Cordialement,
 
Penny
 
Hé bien je ne sais pas ce qui en ressortira mais ça fait du bien.

« Mais ça va, t’inquiète pas. »

Évidemment que ça va pas.

J’avais oublié la cascade de merde qui te tombe dessus quand tu te prends une énième porte dans la gueule (ou alors c’est toujours la même ? )(QUELQU’UN POURRAIT CALER CETTE PUTAIN DE PORTE ??? )

(Mmm mais quelle gaieté cette image ! )

(Mmm mais quelle gaieté cette image ! )

Il faut dire que lors de mon précédent négatif j’avais cru avoir atteint un pallier. Était-ce le fameux lâcher-prise avec lequel on nous saoule tellement ? Toujours est-il que j’avais ressenti les choses avec une sorte de distance, des vacances de cerveau. Et ce serait dommage de s’habituer à la douceur quand on a signé pour en baver pas vrai.

La vérité c’est que j’en ai plein le cul les bottes.

Je me retrouve dans le même canapé, avec la même sale tête et les mêmes questionnements.

Est-ce que ce serait pas mon soit-disant-super-utérus-de-compèt qui fait tout foirer depuis le début ? (on nous a proposé la fameuse biopsie de l’endomètre de MatriceLab, -après nous avoir dit qu’on nous la conseillait pas, parce que tu le sais, c’est bien moins drôle si on te balade pas un peu- on a poliment dit non merci parce que je n’ai pas vraiment le profil et que 400 balles quoi et puis l’idée fait son chemin finalement…)

Est-ce que la fragmentation de l’ADN spermatique un poil élevée (je n’ose vous dire jusqu’où elle est montée)(allez : 70%) ne serait pas la grande emmerdeuse de l’histoire ? (non mon doigt n’a pas ripé du 3 au 7 -ils sont pourtant si proches- j’imagine que j’ai l’air naïve de me poser des questions avec une telle fragmentation, je sais que c’est très TRÈS élevé, mais tout le monde a l’air de s’en taper de cette fragmentation…)

Est-ce que ma boîte de la honte, celle où je stocke des minis-vêtements qu’on m’a quasiment forcée à acheter, ne nous porterait pas l’oeil finalement ?

Que penserait Christine Boutin de tout ça ?

La fois précédente, je m’en souviens comme si c’était hier, j’ai couru pour faire l’ouverture d’un bien connu labo parisien estampillé pma (Drouot), demandé à passer avec Janine (on l’appèlera comme ça) parce que Janine elle me fait des bleus comme les autres mais elle elle me les fait en souriant, il pleuvait ce jour-là et Janine en me piquant elle a dit « Je sens que ce sera positif, ça peut pas être une journée de merde à tous les niveaux. » alors après j’ai couru en sens inverse pour rentrer chez moi et pouvoir à loisir rafraichir la page internet de mes résultats toute la matinée (c’est très con parce que tu SAIS qu’en ayant fait une pds à 8h tu peux pas avoir le résultat à 10 mais t’y vas quand même). Le couperet est tombé vers 11h30 : BHCG = 1. J’ai dit « C’est négatif. », l’homme a dit « De quoi ? » (l’art de gagner du temps lui..), j’ai répondu « Ils finissent aux chiottes les poissons rouges. » « Bah le résultat ! » alors il s’est approché de l’écran et a dit « Ah. C’est mieux que zéro. » Ce qui m’a fait sourire au moins un quart de seconde. Je suis ensuite allée m’isoler en attendant que « la vague » arrive mais c’est mon mec les mains derrière le dos qui a fini par arriver. Il a dit « J’ai un petite surprise pour toi », j’ai dit « Ah bon c’est quoi ? » (pas un pour rattraper l’autre) et il m’a tendu ça :

recueil-sperme

(Peut-être as-tu la chance de te demander ce qu’est cet objet ?)

L’ironie c’est qu’il avait passé la matinée au Cecos pour un recueil de sperme (Vous faites quoi vous dans la vie ? Nous ? On fait de la pma pourquoi ? ) et qu’il m’avait rapporté un souvenir. On a ri comme des bouffons infertiles. Et puis tel le surfeur j’ai continué d’attendre la vague. Qui ne vint pas. Et puis deux jours après c’est toujours sans sourciller que je suis partie à la recherche d’un cadeau pour mon filleul dont on fêtait les deux ans le lendemain. Voilà, on était fairplay, la défaite facile. Ça avait fini par payer ce travail sur moi-même.

Mais bien sûr.

Là, je fais un bond en arrière qui me ramène au résultat de FIV2, notre FIV-one-shot, l’avant-avant-dernière tentative donc (oh on s’y perd dans tous tes négatifs ! ). Je retrouve cette sensation très désagréable d’avoir été frottée contre un mur en crépi (la pmette, toujours dans la modération) et une incontinence lacrymale non prévisible.

Donc cette fois-ci, pas FIV2, la dernière, FIV3 épisode 2 (je vais devoir m’interrompre souvent ?) le jour du résultat il m’est arrivé la même chose que pour le résultat de FIV2 : je me suis réveillée avant le réveil à cause d’un rêve.

Pour FIV2, j’étais en train de rêver que je pissais sur 3 tests, tous les trois positifs, ma soeur était avec moi comme à chaque fois que je vais faire pipi dans la vraie vie, c’était génial, c’était UN SIGNE. Je me lève je fais mon test, il faut imaginer le romantisme de la situation, le lever du jour, l’espoir, etc. Et puis les tests négatifs (oui tous les quatre, je suis têtue), la -désormais classique- course jusqu’à Drouot, le retour, les larmes, le réveil de l’homme qui n’a rien capté, les larmes, le résultat sur internet, les larmes, le déjeuner familial, la mini-nièce, la smala, les envies de meurtre.

Pour FIV3 épisode 2, lundi donc, au moins j’étais en train de rêver que j’assistais à la réanimation musclée d’un nouveau-né tout mou, ah ça on peut pas dire que mon inconscient me l’ait fait à l’envers cette fois, il m’annonçait la couleur de la journée. Re-lever aux aurores, re-ligne 7, re-Drouot, re-pluie et re-Janine qui me fait signe poing serré et clin d’oeil qu’on va le n**** Le Cosmos.

Je l’avais dit qu’il y avait beaucoup trop de déjà-vu dans ce début de journée.

Pour ne pas devenir dingue, j’ai décidé d’aller au ciné (je fais un point boulot, tu dois te dire que c’est sacrément la fête mon emploi du temps et c’est vrai, je suis free-lance tendance dilettante donc je compose à ma sauce, j’en suis très heureuse mais on ne compte pas vraiment sur moi pour payer le loyer), je suis sortie de là en début d’après-midi, j’avais reçu le fameux mail du labo qui me disait que la grenade était bien prête à être dégoupillée, je suis rentrée, j’ai pris l’homme par le cou, je l’ai assis à côté de moi (il avait pas tellement envie d’être là) devant la page web qu’on connaissait si bien et qui ne nous avait jamais fait crier de joie. Je lui ai dit « Prêt ? » , il a répondu « J’ai pas trop envie. » , on a quand même regardé.

BHCG = 0

L’homme a tenté un « Han merde c’est encore pire que la dernière fois. », bizarrement ça m’a pas fait rire.

Et j’ai pas eu besoin de l’attendre longtemps la vague cette fois-ci.